Présentation

Mon travail est essentiellement un glanage d’éléments qui accrochent mon regard et je m’amuse à faire rencontrer des univers hybrides pour une danse improbable. J’aime les plongées dans la profondeur de la matière, les froissements de tissus, froissements de roches dans les montagnes, le végétal, les plantes, écorces, le minéral, l’aquatique et le pelage animal, la fourrure, les visages qui ont la force des paysages. J’aime observer les corps en mouvement, en danse , en transe et dans le repos, traversé par des énergies singulières, reliées à plus vaste.

La rencontre, le croisement de l’animal, de l’humain et de toute cette matière, me fascine. Chercher de quel animal on est fait, celui qui nous traverse dans un songe, celui tapi dans nos recoins sombres, celui qui nous invite pour une danse nocturne. Comme des ancêtres qui nous appellent à renouer avec notre part de sauvage, notre part de magie, notre mythologie singulière. Inspirée par les histoires, les légendes, notre part sensible, ce qui est en marge, au bord, prêt au basculement.

J’aime quand, par le dessin, j’arrive à surprendre mon cerveau en brouillant les pistes par des incohérences. Ce qui s’emmêle, ce qui se démêle. J’aime donner vie à une matière par un simple trait qui joue avec le vide. J’aime aller puiser dans un amas organique intérieur, essayer de donner à voir des sensations et à m´étonner moi-même de ce qui émerge.

Souvent je commence mon travail sans n’avoir aucune idée de vers où je vais, je me laisse guider et j’attends que des éléments s’invitent sur la page. Dans la peinture des formes m’apparaissent, à la manière de la paréidolie, j’ai l’impression parfois qu’elles font écho à une part très profonde en moi, que j’extirpe laborieusement. Quand il m’arrive de partir avec une idée précise, jamais je n’vais à l’endroit où je pensais aboutir, comme le dit Patrick Voots: « On dirait que tu commences à dessiner avec une idée et très vite ta main se fait piégée par le dessin et continue d’elle-même ». Je me demande souvent en effet qu’est-ce que l’ont choisit réellement dans notre création singulière?

Je dessine depuis l’enfance, la création était pour moi un lieu d’échappée, de rêveries, un exutoire de mes démons, de mes colères. Certainement que mes origines Ardennaise, mes explorations et trifouillages dans le végétal et dans les profondeurs de la forêt, on inspiré mon univers d’étrangeté, où je pouvais laisser libre cours au vagabondage de mon imagination. Inscrite à l’âge de 13ans en cours du soir à l’académie des Beaux-Arts de Vresse-sur-Semois, mon parcours s’est poursuivi aux Beaux-Arts de Namur en fin de secondaire, puis à l’institut Saint-Luc de Bruxelles en section illustration, où j’ai été diplômée en juin 2001. J’y explorais essentiellement la masse, les ombres et la lumière, le jeu des couleurs dans le dessin et principalement dans la peinture. Formée par Patrick Radermecker, professeur passionné, qui m’a appris la composition d’une image, l’importance du lieu où on la place, le jeu avec ce qui l’entoure. Il m’a fait prendre conscience de l’importance de l’acuité du regard, mais aussi à faire des liens plus vaste entre la création et tous les autres domaines de la vie.

C’est lors d’un court séjour à Berlin que j’ai emmené un carnet et je me suis mise à dessiner à la ligne claire, en grapillant des éléments à droite, à gauche. Juxtaposés, ces dessins s’entremêlèrent de manière absurde, dans une composition improbable qui m’enthousiasmait et qui m’a fait, durant des années, remplir des carnets, entre dessins et écriture. De temps à autre alternés avec des explorations de peinture et de gravure. Formée dans différentes académies auprès de Kikie Crevecoeur, Nèle Wouters et Isabelle Happart, je me suis essayée à la gravure sur bois, lino, pointe sèche.

Ces dernières années, la porte d’entrée du corps, la danse (inspirée du Life Art Process) des ateliers d’Amandine Servranckx et les cours de taïchi de Carlos Lemos, m’ouvrent à de nouvelles expérimentations. J’explore par la sensation et les images, émotions qui surgissent de l’écoute du corps en mouvement. J’aime les allés retours de la danse, au dessin, à l’écriture, revenir à l’un pour inspirer l’autre, faire des détours, observer ce qui apparait, ce qui disparait dans les interstices…

Je suis actuellement fière de pouvoir partager ici des bribes de mes créations et serait davantage enchantée de pouvoir les présenter sur des murs moins virtuels!

Géraldine Lambert

(Bruxelles)

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